Antonin Artaud : Van Gogh le suicidé de la société (1947)

L’auteur

Antonin Artaud (1896-1948) est un écrivain issu du Surréalisme et un théoricien du théâtre. Son œuvre est principalement marquée par sa folie et son internement psychiatrique. D’un point de vue philosophique, l’idée du « corps sans organe » esquissée dans les derniers brouillons a été reprise par Gilles Deleuze. D’un point de vue littéraire, le « théâtre de la cruauté » fait partie des concepts importants d’Artaud.
Son œuvre se compose de poésies (L’ombilic des limbes), d’essais (Héliogabale, Le théâtre et son double) et de textes plus difficiles à classer dans une catégorie précise (Suppôts et suppliciations, Pour en finir avec le jugement de Dieu).
Van Gogh le suicidé de la société

Ecrit en 1947, cet article pose le problème de l’incompréhension des artistes et écrivains, et de la falsification de leurs oeuvres en les faisant passer pour fou.
En voulant démontrer que Van Gogh a été accusé de folie par ses adversaires, Artaud veut démontrer que l’ensemble des écrivains réputés pour leur folie ne sont devenus fous qu’à cause de la société, qui les a poussé à se "suicider". Pour cela, Artaud montre comme Van Gogh a été accusé de folie et explique entre autres que "Van Gogh n’était pas fou, mais ses peintures étaient des feux grégeois, des bombes atomiques, dont l’angle de vision, à côté de toutes les autres peintures qui sévissaient à cette époque, eût été capable de déranger gravement le conformisme larvaire de la bourgeoisie second Empire et ses sbires de Thiers, de Gambetta, de Félix Faure, comme ceux de Napoléon III." (Artaud, 2004, p.1440)
Cela permet à Artaud de se ranger du côté de ses "suicidés de la société", en accusant l’institution psychiatrique de l’avoir poussé à la folie. Il interpelle quasiment nommément Jacques Lacan en l’appelant Dr L… (Id, p.1440) et utilise les images de Nerval, Nietzsche, Kierkeggard, Hölderlin ou Coleridge pour illustrer son propos.
Extrait :
Car ce n’est pas un certain conformisme de moeurs que la peinture de Van Gogh attaque, mais celui même des institutions. Et même la nature extérieure, avec ses climats, ses marrées et ses tempêtes d’équinoxe ne peut plus, après le passage de Van Gogh sur terre, garder la même gravitation.
A plus forte raison sur le plan social, les institutions se désagrègent et la médecine fait figure de cadavre inutilisable et éventé, qui déclare Van Gogh fou.
En face de la lucidité de Van Gogh qui travaille, la psychiatrie n’est plus qu’un réduit de gorilles eux-mêmes obsédés et persécutés et qui n’ont, pour pallier les plus épouvantables états de l’angoisse et de la suffocation humaines, qu’une ridicule terminologie,
digne produit de leurs cerveaux tarés.

(Id, p.1440)
Avis personnel :

Cet écrit d’Artaud, rédigé un an avant sa mort, est relativement lisible, par rapport à ce qu’il a pu écrire d’autre à la même période.
Les idées contenues dedans changent la façon de voir les artistes considérés comme fous et c’est cela qui m’a donné envie de lire Hölderlin ou Kierkegaard.
Il est également intéressant de constater comment les auteurs se considèrent entre eux : Artaud qui considère Hölderlin n’est pas la même chose qu’Heidegger qui le considère.
L’un y voit la folie, l’autre y voit la poésie. Cet article est rapide à lire et peut apporter beaucoup à celui qui veut le consulter.

Bibliographie :

Artaud A. (2004), Van Gogh le suicidé de la société pp.1439-1462 in Œuvres, Quarto Gallimard : Malesherbes (France)
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